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Sortie n° 23915661, créée le 08 08 2026
Girl
#Cinéma
Sponsor
Organisateur
Date de la sortie
Heure de début
Samedi 08 Août 2026

Inscriptions & désinscriptions jusqu'à :
17:30 (H-1)
18:30
Descriptif de la sortie

CE CINE PREND LES CARTES ILLIMITEES UGC/MK2 ET LE PASS.

Taïwan, 1988. Hsiao-lee, une jeune adolescente timide, peine à trouver sa place au sein de sa famille dysfonctionnelle. Elle voit sa vie bouleversée par sa rencontre avec Li-li, une jeune fille vive et insouciante qui lui permet de s’évader de son quotidien. Mais lorsque le passé douloureux de sa mère ressurgit, d’anciennes blessures refont surface. Partagée entre un lourd héritage familial et son ardent désir de liberté, Hsiao-lee doit trouver sa propre voie.

Critique du film

Pendant plus de trente ans, Shu Qi aura incarné l’un des visages les plus admirés du cinéma asiatique. De Millennium Mambo à The Assassin ou, plus récemment, Resurrection de Bi Gan, l’actrice taïwanaise s’est imposée comme l’une des interprètes majeures de sa génération. Avec Girl, son premier long métrage présenté en compétition à la Mostra de Venise l’été dernier, elle ne cherche pourtant ni à prolonger sa carrière d’actrice, ni à imiter les cinéastes qui l’ont accompagnée. Encouragée dès le tournage de The Assassin par Hou Hsiao-hsien à écrire l’histoire qu’elle connaissait le mieux, elle aura passé plus d’une décennie à déconstruire puis reconstruire ce scénario. Si elle reconnaît aujourd’hui que le film est nourri à près de 70 % de son propre vécu, Girl ne relève jamais de l’autobiographie mais de la transformation d’une mémoire intime en réflexion plus vaste sur les violences invisibles qui traversent les familles et se transmettent d’une génération de femmes à l’autre.

 

 

Ce qui distingue sa démarche, c’est son refus obstiné du spectaculaire et du dolorisme. Là où tant de récits consacrés aux violences intrafamiliales s’appuient sur la frontalité pour susciter l’effroi, Shu Qi choisit le plus souvent le hors-champ. Les coups, les humiliations, les possibles attouchements ne deviennent jamais des images-chocs. Ils se manifestent autrement, différemment. Dans une porte qui se referme, un silence inhabituel, une peur qui précède l’arrivée d’un adulte, un corps qui se crispe avant même qu’il ne soit touché. Cette pudeur n’édulcore absolument rien, mais elle restitue le point de vue de l’enfant, incapable de nommer ce qu’elle pressent – mais qui comprend déjà que quelque chose d’irréversible est en train de s’inscrire en elle. Enfin, elle opte pour une approche sensorielle, préférant filmer les conséquences psychiques de la violence plutôt que sa représentation.

Girl Shu Qi

Girl ne raconte d’ailleurs pas seulement une enfance maltraitée. Il montre comment un système patriarcal organise la circulation de la violence jusque dans les liens les plus intimes. Les hommes y occupent l’espace par la domination physique ou symbolique, tandis que les femmes, elles-mêmes façonnées par leurs propres traumatismes, peinent à protéger leurs filles sans leur transmettre malgré elles leurs blessures. Shu Qi refuse pourtant toute simplification. Personne n’est réduit à une fonction dramatique. Même l’évitement de la mère dit autant son impuissance que son amour. Derrière le portrait d’une famille dysfonctionnelle se dessine alors une réflexion plus profonde sur les héritages invisibles et sur cette manière qu’ont les violences de coloniser les corps bien après les faits.

 

 

La mise en scène, profondément influencée par Hou Hsiao-hsien sans jamais verser dans l’imitation, épouse constamment le regard de Hsiao-lee. Les adultes débordent souvent du cadre, les événements nous échappent autant qu’à elle, les rares instants de lumière surgissent dans l’amitié qui l’unit à Li-li, comme si l’enfance persistait malgré tout à inventer des refuges. En refusant le misérabilisme comme la démonstration, Shu Qi signe un premier film d’une immense délicatesse, qui ne cherche pas tant à montrer la violence qu’à comprendre la trace qu’elle laisse dans celles qui grandissent sous son emprise. Et c’est précisément dans cette confiance à l’intelligence des spectateur·ices que naît l’émotion la plus durable.

 

5 août 2026 – De Shu Qi

 

 

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