a Galerie Nathalie Obadia est heureuse de présenter une nouvelle
exposition personnelle de Laura Henno, réunissant un ensemble
de photographies issues de son projet au long cours Outremonde
(2017-aujourd'hui). Finaliste du Prix Marcel Duchamp 2026,
l'artiste présentera à l'automne prochain, au Musée d'Art Moderne
de Paris, Dark Thirty, une nouvelle œuvre filmique développée
en résonance avec cette série. Cette exposition s'inscrit ainsi
dans un moment charnière de son parcours, comme un
prélude à cette importante présentation institutionnelle.
Outremonde, réalisée sur près d'une décennie, est née d'une
immersion prolongée de Laura Henno au sein d'une communauté
installée à Slab City, dans le désert californien. La série a déjà fait
l'objet de plusieurs expositions personnelles d'envergure : en 2026
à la Vieille Église de Mérignac, en 2024 au Musée de la Photographie
de Charleroi, ainsi qu'aux Rencontres de la photographie d'Arles en
2018.
Photographe et cinéaste, Laura Henno développe depuis plus de
vingt ans une œuvre qui, selon Marc Donnadieu, « éclaire des réalités
parallèles reléguées en marge de notre monde actuel ». De Calais
aux Comores et jusqu'à Slab City, son travail s'attache à rendre
visible et faire « résonner dans le cadre de l'image des identités,
des existences, des corps et des voix plurielles » poursuit le critique
d'art.
Le territoire exploré dans cette série s'inscrit dans cette dynamique.
Dans le désert de Sonora, près de la Chocolate Mountain Aerial Gunn
ery Range, le site apparaît comme une enclave qui ne figure sur
aucune carte, installée sur les vestiges d'une ancienne base militaire
abandonnée. Cent cinquante habitants y ont aujourd'hui trouvé
refuge, vivant dans des conditions extrêmement précaires, sans eau
ni électricité. Les vies qui y résident se recomposent au fil des jours,
tandis que le désert impose sa présence implacable.
Ainsi, l'exposition est notamment habitée par la figure de Wiser,
qui rêve de créer un potager pour les habitants les plus démunis de
Slab City. Malgré son camp rudimentaire - deux tentes battues
par le vent au milieu du désert - et les conditions hostiles du lieu,
rien ne semble altérer la vision utopique qui l'anime. Autour de lui
gravitent également d'autres personnages, tels que Zig, ancien
vétéran de la guerre en Irak, ou encore Annie, au passé marqué
par les addictions, qui trouve auprès de lui une écoute
attentive. Autant d'existences solitaires qui s'entrecroisent et
dessinent, dans leurs interactions comme dans l'idéal qu'elles
poursuivent, les contours d'une humanité solidaire. Les habitants
de Slab City, rêveurs et résilients, semblent ainsi trouver, dans leurs
gestes du quotidien, de quoi continuer à façonner, malgré tout, un
monde encore habitable.
Pour restituer au plus juste ce territoire, Laura Henno y séjourne
régulièrement depuis 2017, vivant elle-même dans une caravane.
Cette immersion prolongée lui permet de tenir à distance toute
approche misérabiliste. Ses photographies, baignées d'une lumière
crépusculaire, enveloppent les corps et révèlent les regards,
redonnant à ces vies une présence à la fois affirmée et sensible,
que l'historien de la photographie Michel Poivert qualifie de « fable
documentaire ».
Laura Henno dresse ainsi plusieurs portraits : celui des habitants,
mais aussi celui du désert. Dans l'imaginaire collectif, ce dernier
apparaît souvent comme une page blanche, originelle, un
territoire de projection où tout semble encore possible. Mais
cette vision se heurte rapidement aux réalités arides d'un monde
traversé par l'exclusion et la précarité. Sous la chaleur écrasante
et l'immensité de l'horizon, une hostilité imprègne le paysage : toute
reconstruction y demeure fragile, toujours menacée par les échos
du réel ; la proximité du champ de tir aérien de Chocolate
Mountain venant troubler son apparente immuabilité.
Le titre Outremonde emprunte au roman Underworld de Don
DeLillo l'idée d'un monde soustrait au regard collectif. À travers
cette série, l'artiste propose une lecture à la fois poétique et ancrée
dans le réel, en dialogue avec la tradition de la photographie
documentaire américaine, notamment celle de Dorothea Lange.
Son travail s'inscrit dans une histoire des marges où se croisent r
écits migratoires, mythologies américaines et trajectoires
contemporaines de l'exil, faisant écho notamment aux
Raisins de la colère (The Grapes of Wrath) de John Steinbeck.
Ainsi, Laura Henno révèle à travers ses photographies les contours
d'une géographie de l'invisible, restituant à ces existences
toute leur épaisseur politique, sociale et profondément humaine.
- Marie Chappaz, Chargée du contenu éditorial
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