Mémoires
Galerie Max Hetzler, Paris, a le plaisir de présenter Mémoires, une exposition personnelle de nouvelles œuvres de l’artiste ukrainien Sergey Kononov. Il s’agit de sa deuxième exposition avec la galerie, et de sa première dans l’espace parisien.
Pour cette exposition, Sergey Kononov présente une nouvelle sélection de peintures. Conçues à partir de photographies prises par l’artiste au cours des cinq dernières années, ces œuvres offrent des représentations intimes d’amis et de proches. Transposant l’instantanéité du médium photographique dans une écriture picturale riche, les compositions de Kononov sont minutieusement exécutées à l’huile sur toile. Saisies au ralenti, suspendues dans le temps, elles captent quelque chose de la fugacité de l’existence. Des couples sont représentés dans des étreintes nues, tandis que des figures solitaires alanguies s'abandonnent à la rêverie. Dans l’une des œuvres, un jeune homme pose nu, avec une aisance naturelle, soutenant le regard du spectateur. Dans une autre, un homme tatoue la peau de son amante. Capturant simultanément la vulnérabilité brute et l’assurance rebelle de la jeunesse, ces images sont imprégnées de familiarité et de langueur. Telles des fenêtres temporelles ouvertes sur le passé, elles se dressent comme des monuments à la mémoire.
Les peintures de Kononov sont élaborées selon un processus minutieux de superposition de couches. Dans des œuvres telles que Svitlana and Slavik (2026), ses sujets sont peints sur un fond monochrome. Enveloppés dans un vert profond et velouté, les corps du couple s'entrelacent comme un seul et unique organisme flottant dans l'espace. Étirés et comme dilatés par leur étreinte, ils paraissent coupés du monde qui les entoure. Dans Nuit Blanche (2026), Kononov expérimente une nouvelle palette épurée. La composition met en scène deux amantes immergées dans un espace blanc. Serrés l'un contre l'autre, leurs corps capturent les nuances fluctuantes de la peau nue, tandis que des mèches de cheveux tombent sur leurs visages tel un voile diaphane. À mesure que l'œil du spectateur s'adapte, l'environnement dépouillé passe d'une apparente abstraction à des draps froissés et des murs qui s'entrecroisent. Au sein de cette fluidité structurelle, l'artiste s’attache à explorer les variations tonales qui émergent en l'absence de couleur.
Dans ses œuvres de plus grand format, Kononov représente ses sujets dans des scènes d’intérieur élaborées. Dans l’une d’elles, un homme nu se tient debout, une cigarette à la main, sur un parquet en chevrons. Derrière lui, le buffet en bois lustré est peint avec autant de minutie que le protagoniste lui-même. Tourbillonnant et se déployant, le veinage du bois fait écho aux lignes souples des jambes du personnage, qui se fondent presque entièrement dans leur environnement. Dans une autre œuvre, l’artiste représente sa grand-mère : elle est allongée sur un couvre-lit rose à fleurs, vêtue d’une robe à motifs rouges et bleus. La tête appuyée sur une main, sa pose alanguie n’est troublée que par le contraste vibrant des matières. Marquées par le grain d’une époque révolue, les peintures de Kononov sont empreintes d’une profonde nostalgie. Elles frémissent et résonnent, se propageant dans le présent, alors même que le temps semble ostensiblement immobile.
Témoignant d’une inflexion subtile dans sa pratique, Kononov place le portrait au centre de ses nouvelles peintures. Ici, une part de l’intériorité de ses sujets semble transparaître au-delà de leurs contours physiques, alors que la lumière ricoche sur les lignes de leurs visages ou de leurs corps. Les œuvres puisent dans un ensemble de références de l’histoire de l’art – de l’usage de la lumière sans ombre chez Botticelli au geste pictural rythmé de Vincent Van Gogh, en passant par l’intensité chromatique de Paul Gauguin et les silhouettes étirées d’Egon Schiele. En contraste total avec les bouleversements sociopolitiques de son pays d’origine, les peintures de Kononov offrent des parenthèses de répit contemplatif.
Sergey Kononov (né en 1994 à Odessa, Ukraine) vit et travaille à Paris, en France. Son travail a fait l’objet d’expositions personnelles institutionnelles au Théâtre National de La Criée, Marseille (2020), au Musée national d’Art d’Ukraine, Kyiv (2015), ainsi qu’au Musée d’Art moderne d’Odessa (2014). Ses œuvres figurent dans les collections publiques de la FOLTA Foundation, Wrocław ; de la Fondation Francès, Clichy / Senlis ; et du Musée d’Art moderne d’Odessa.
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