CE CINE PREND LES CARTES ILLIMITEES UGC/MK2 ET LE PASS ET LA CARTE CIP.
Rose est très proche de son frère aîné Sam, qu’elle adore. Lorsqu’une femme accuse Sam de viol, Rose est appelée à témoigner dans le cadre d’une enquête menée à son encontre.
Avec The Good Sister, son premier long métrage, Sarah Miro Fischer s’empare d’une question aussi vertigineuse que rarement explorée : comment continuer à aimer un proche lorsqu’il est accusé d’une agression sexuelle ? Née d’une réflexion amorcée lors d’une manifestation féministe, la cinéaste allemande expliquait vouloir déplacer le regard après #MeToo, non pour relativiser la parole des victimes, mais pour interroger la responsabilité de celles et ceux qui gravitent autour des auteurs de violences. Un geste profondément politique, qui fait de la sœur le véritable centre moral du récit.
Rose (Marie Bloching) entretient avec son frère Sam (Anton Weil) une relation d’une tendresse désarmante. Lorsqu’une jeune femme l’accuse de viol, cette intimité devient soudain une prison. Sam pleure, répète qu’il « n’est pas un monstre », se réfugie dans sa vulnérabilité sans jamais regarder pleinement la gravité de son acte. Fischer refuse pourtant d’en faire un prédateur démoniaque : c’est précisément parce qu’il demeure un homme aimé, ordinaire, parfois sincèrement effondré, que le film atteint une zone d’inconfort rarement abordée au cinéma. L’humanité d’un agresseur n’annule jamais la violence qu’il a commise.

Le bouleversement le plus profond appartient à Rose. Une scène saisissante la voit pénétrer dans l’institut où travaille Elisa, la victime de son frère. Rien ne l’y contraint, si ce n’est ce besoin de comprendre, de rendre la réalité plus palpable. Elle ne vient ni demander pardon ni obtenir une absolution impossible. Elle vient regarder le réel en face, comme si le poids de la compassion et de sa propre passivité devenait enfin insoutenable. Ce déplacement intérieur, silencieux, raconte davantage que n’importe quel dialogue et permet à Rose de sortir de l’aveuglement, prisonnière d’une honte qui ne lui appartient pourtant pas vraiment.
La cinéaste prolonge cette réflexion dans une séquence troublante où Rose pose nue pour un garçon rencontré dans un atelier de dessin. D’abord placée dans cette posture de vulnérabilité érotisée, leur rapprochement intime inverse progressivement le rapport de force lors de leur relation sexuelle. Sans transformer cette expérience en victoire symbolique, Fischer y esquisse la possibilité d’une réappropriation du désir et du pouvoir sur son propre corps.
Porté par une mise en scène d’une grande retenue, The Good Sister observe avec justesse les proches des auteurs de violences sexuelles, entre le déni, la loyauté et la nécessité d’alignement éthique et de justice. Parce qu’être solidaire des victimes ne consiste pas seulement à croire leur parole, mais parfois à rompre avec les fidélités qui nous ont construit·es.
2 septembre 2026 – De Sarah Miro Fischer
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